13/08/2026 · Rédaction

Annuler un testament olographe déposé chez le notaire : les trois voies possibles

Le testament reste révocable jusqu'au bout

Le dépôt chez un notaire sécurise la conservation du testament olographe : il n'empêche en rien son auteur de changer d'avis, à tout moment, tant qu'il est vivant et sain d'esprit.

Un nouveau testament ou un acte notarié

Rédiger un testament postérieur qui révoque expressément le précédent, ou faire dresser par le notaire un acte de révocation, sont les deux voies les plus sûres pour annuler ses dispositions.

La destruction seule reste risquée

Détruire soi-même le testament en emporte révocation, mais sans le notaire, la preuve du caractère délibéré de cette destruction peut être discutée par les héritiers.

Un testament, quelle que soit sa forme, n’a rien d’un engagement figé. Le déposer chez un notaire — pratique fréquente pour en garantir la conservation et la découverte au décès — ne change rien à ce principe : le testateur conserve, jusqu’à son dernier jour, l’entière liberté d’en changer les termes ou de l’annuler purement et simplement. Encore faut-il savoir par quelle voie procéder lorsque le document original n’est plus, physiquement, entre ses mains.

Le principe : un testament reste révocable jusqu’au bout

Le Code civil définit le testament comme l’acte par lequel une personne dispose, pour le temps où elle n’existera plus, de tout ou partie de ses biens — et qu’elle peut révoquer (article 895 du Code civil). Cette révocabilité est un principe d’ordre public : aucune clause, dans un testament, ne peut priver son auteur du droit de revenir sur ses dispositions. Le dépôt chez un notaire, qui répond à un souci de conservation et de preuve, ne modifie en rien cette liberté. Il ne fait que garantir que le document sera retrouvé et exécuté fidèlement — pas qu’il devienne intouchable.

Première voie : rédiger un nouveau testament

La manière la plus courante d’annuler un testament olographe consiste à en rédiger un nouveau. L’article 1035 du Code civil prévoit précisément qu’un testament ne peut être révoqué, en tout ou partie, que par un testament postérieur, ou par un acte devant notaire portant déclaration du changement de volonté.

Le plus sûr, dans ce nouveau document, est d’inscrire une révocation expresse de toutes les dispositions antérieures. À défaut, l’article 1036 du Code civil prévoit que les testaments postérieurs qui ne révoquent pas expressément les précédents n’annulent, dans ceux-ci, que les dispositions qui se trouvent incompatibles avec les nouvelles. Un testament rédigé sans précaution peut donc laisser subsister, par inadvertance, des legs que le testateur croyait avoir effacés — d’où l’intérêt de solliciter le notaire pour vérifier la cohérence de l’ensemble, surtout lorsque le premier testament est déjà entre ses mains.

Deuxième voie : l’acte de révocation dressé par le notaire

Il n’est pas toujours nécessaire de rédiger un testament complet pour en annuler un autre. Ce même article 1035 du Code civil ouvre une seconde possibilité : faire dresser par un notaire un acte de révocation, simple déclaration authentique par laquelle le testateur affirme changer de volonté. Cette solution convient à ceux qui souhaitent seulement annuler leurs dispositions, sans en rédiger de nouvelles dans l’immédiat. L’acte, reçu en la forme authentique, ne laisse place à aucune ambiguïté sur l’intention du testateur, et le notaire peut l’associer directement au testament déjà déposé en son étude.

Troisième voie : récupérer le testament pour le détruire

Le Code civil n’énonce aucun texte propre à la destruction du testament. La section qui traite de sa révocation ne vise que le testament postérieur et l’acte notarié portant déclaration du changement de volonté (article 1035 du Code civil), puis l’aliénation par le testateur de la chose léguée (article 1038 du Code civil) — qui emporte révocation du legs correspondant, et non celle du document lui-même. C’est la jurisprudence qui reconnaît à la destruction volontaire d’un testament olographe, brûlé, déchiré ou autrement supprimé par son auteur ou sur son ordre, la valeur d’une révocation tacite. Encore faut-il que cette destruction soit délibérée : si le document a disparu par accident, ou si une copie en subsiste, la révocation peut être discutée devant le juge.

Lorsque le document est déposé chez un notaire, il n’est, par définition, plus dans les mains du testateur. Ce dernier doit donc lui en demander la restitution avant de pouvoir procéder lui-même à sa destruction. Cette étape présente un avantage que la destruction isolée n’offre pas : elle établit, sans doute possible, que c’est bien le testateur qui a repris son document, et pourquoi.

Pourquoi le notaire reste l’interlocuteur, quelle que soit la voie choisie

Les trois voies ne s’excluent pas : un testateur peut très bien demander un acte de révocation puis, plus tard, rédiger un nouveau testament complet. Ce qu’elles ont en commun, c’est l’intérêt de passer par le notaire dépositaire, quelle que soit l’option retenue. Une révocation mal formulée, ou un document détruit sans témoin ni acte, expose à des contestations entre héritiers au moment du règlement de la succession — chacun pouvant avoir intérêt à faire prévaloir une version différente de la volonté du défunt. Le notaire, en centralisant la démarche, sécurise à la fois la forme de la révocation et sa preuve.


Pour aller plus loin : succession sans testament : comment est réparti le patrimoine · le testament-partage · révoquer une donation pour ingratitude.

Questions fréquentes

Peut-on révoquer un testament olographe déposé chez un notaire ?
Oui. Le dépôt chez le notaire ne retire au testateur aucun de ses droits : un testament, quelle que soit sa forme, reste révocable tant que son auteur est vivant et sain d'esprit. Le dépôt n'a d'autre objet que d'assurer la conservation du document et sa découverte au décès.
Comment rédiger un nouveau testament qui annule le précédent ?
Le plus sûr est d'écrire, dans le nouveau testament, une formule de révocation expresse de toutes les dispositions antérieures. À défaut de révocation expresse, seules les dispositions du testament précédent qui sont incompatibles avec les nouvelles sont annulées ; le reste continue de produire ses effets.
Peut-on simplement déchirer ou détruire son testament ?
La destruction volontaire d'un testament olographe, par son auteur ou sur son ordre, en emporte la révocation : c'est une solution constante de la jurisprudence, que le Code civil n'énonce pas dans un texte propre. Mais un document déposé chez un notaire n'est pas entre les mains du testateur : il faut d'abord lui en demander la restitution, ce qui permet aussi d'écarter tout doute ultérieur sur l'intention réelle du testateur.
Faut-il obligatoirement passer par un notaire pour révoquer un testament ?
Non, un testament olographe postérieur suffit juridiquement à révoquer le précédent. Mais lorsque le premier testament est déposé chez un notaire, celui-ci est l'interlocuteur naturel : il peut dresser un acte de révocation, recevoir le nouveau testament, et veiller à ce que la volonté la plus récente du testateur soit celle qui soit retrouvée à son décès.

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