28/09/2026 · Veille

Indivision bloquée, succession vacante : ce que change la loi du 7 avril 2026

Vendre un bien indivis sans l'accord de tous

Le juge peut désormais autoriser un indivisaire à conclure seul la vente d'un bien indivis, en complément de la procédure des deux tiers déjà existante (article 815-6 du Code civil).

Partage judiciaire ouvert aux couples séparés

Époux, partenaires de PACS et concubins peuvent saisir le juge pour leur liquidation patrimoniale, même en l'absence d'indivision entre eux (article 840 du Code civil).

Communes et curateurs mieux armés face aux biens à l'abandon

Les maires accèdent aux informations fiscales sur les biens sans maître, et le curateur des successions vacantes peut désormais mandater la signature des actes de vente.

Indivision successorale paralysée par la mésentente, maison de famille qui se dégrade faute d’accord, succession que personne ne réclame : ces situations de blocage sont fréquentes, en particulier en zone rurale. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, visant à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes, publiée au Journal officiel du 8 avril 2026, apporte plusieurs réponses concrètes. Elle est entrée en vigueur le 9 avril 2026.

Vendre un bien indivis malgré le blocage d’un indivisaire

En indivision, les actes les plus graves — au premier rang desquels la vente d’un immeuble — requièrent en principe l’accord de tous les indivisaires (article 815-3 du Code civil). Depuis 2009, les indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits indivis peuvent déjà, selon la procédure de l’article 815-5-1 du Code civil (déclaration devant notaire, signification aux autres indivisaires, puis autorisation du tribunal judiciaire), faire aliéner le bien.

La loi du 7 avril 2026 franchit un pas supplémentaire : elle complète l’article 815-6 du Code civil, relatif aux mesures urgentes que requiert l’intérêt commun, par un nouvel alinéa aux termes duquel le président du tribunal judiciaire « peut également autoriser un indivisaire à conclure seul un acte de vente d’un bien indivis ».

Selon le Conseil supérieur du notariat, ce texte consacre dans la loi une solution que la jurisprudence admettait déjà sur le fondement de ce même article (Cass. 1re civ., 4 décembre 2013, n° 12-20.158). La loi ne fixe pas de conditions détaillées : l’appréciation de l’urgence et de l’intérêt commun relève du juge, au cas par cas. En pratique, cette consécration sécurise juridiquement les ventes autorisées dans ce cadre.

Partage judiciaire : une procédure élargie et recentrée sur le juge

Le partage judiciaire — la procédure applicable lorsque le partage amiable échoue — est réformé sur trois points (article 840 et suivants du Code civil) :

Successions vacantes et biens sans maître : des moyens d’action renforcés

Pour éviter que des immeubles à l’abandon ne se dégradent pendant des années, la loi renforce les outils des communes et du curateur :

Ce que cela change concrètement

Pour les héritiers confrontés à une indivision bloquée, pour les couples séparés dont la liquidation patrimoniale s’enlise, ou pour les communes de l’Indre face à des biens abandonnés, cette loi ouvre des voies de sortie supplémentaires. Chaque situation reste toutefois particulière : le choix entre partage amiable, procédure des deux tiers ou saisine du juge mérite une analyse précise. L’Office notarial de Maître Nathalie Fortunato, à Châteauroux, vous informe sur la voie adaptée à votre situation.

Sources : Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, JORF n° 0083 du 8 avril 2026, texte n° 3 — Légifrance ; Sortie de l’indivision et succession vacante : ce que change la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 — Notaires de France (Conseil supérieur du notariat) ; Code civil, articles 815-3, 815-5-1, 815-6, 810-2, 810-3 et 840 et suivants.

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Source : Légifrance — JORF n° 0083 du 8 avril 2026, texte n° 3

Questions fréquentes

Un seul héritier peut-il bloquer la vente d'un bien en indivision ?
En principe, la vente d'un immeuble indivis exige l'accord de tous les indivisaires. Deux voies permettent toutefois de passer outre un blocage : la procédure des deux tiers des droits indivis (article 815-5-1 du Code civil), qui passe par le notaire puis le tribunal judiciaire, et désormais l'autorisation donnée par le juge à un indivisaire de conclure seul la vente (article 815-6 complété par la loi du 7 avril 2026).
Qu'est-ce qu'une succession vacante ?
Une succession est vacante lorsque personne ne la réclame : pas d'héritier connu, héritiers qui ont tous renoncé ou qui restent inactifs. Sa gestion est alors confiée à l'État (service des domaines), désigné curateur. La loi du 7 avril 2026 modernise cette curatelle, notamment en autorisant une publicité complémentaire sur internet et en clarifiant les pouvoirs de vente du curateur.
La réforme du partage judiciaire est-elle déjà applicable ?
La loi est entrée en vigueur le 9 avril 2026, le lendemain de sa publication. En revanche, les conditions dans lesquelles le juge commis au partage pourra ordonner les licitations (ventes aux enchères) doivent encore être précisées par un décret en Conseil d'État, attendu d'ici la fin de l'année 2026 selon le Conseil supérieur du notariat.
Qu'est-ce qu'un bien sans maître ?
Un bien sans maître est un immeuble qui n'a pas de propriétaire connu et pour lequel la taxe foncière n'a pas été acquittée depuis plus de trois ans, ou l'a été par un tiers (article L. 1123-1 du Code général de la propriété des personnes publiques). La commune peut alors engager une procédure d'acquisition. La loi du 7 avril 2026 facilite cette démarche en ouvrant aux maires l'accès aux informations fiscales nécessaires.

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